L’affaire CAMAIEU. La réalité de la situation de cette entreprise.

26/10/2018
Professeur Agrégé des facultés de droit. Fondateur de la revue des procédures collectives
B. SOINNE
(Professeur Agrégé des facultés de droit. Fondateur de la revue des procédures collectives)

On sait tout d’abord que le groupe Camaïeu emploie plus de 6.000 salariés. Modacine est la holding financière qui détient l’enseigne du prêt à porter féminin. Selon la presse en général, l’affaire Camaïeu aurait fait l’objet d’une demande de sauvegarde auprès du Tribunal de commerce de Lille métropole. L’information a été diffusée à plusieurs reprises. Elle est apparemment inexacte. Il semble bien qu’aucune demande de procédure de sauvegarde n’a été sollicitée auprès du Tribunal visé.

Quoi qu’il en soit Camaïeu est le leader du prêt à porter féminin en France depuis les années 1990. L’enseigne a été fondée en 1984 à Roubaix par des membres de la famille Mulliez, actionnaire du groupe Auchan et emploie 654 magasins. En France sa notoriété frise les 93 % auprès de sa cible favorite les femmes âgées de plus de 25 ans. L’enseigne est également présente à l’étranger où elle aligne 248 magasins.

Il s’agit d’un poids lourd de la distribution de mode féminine. Elle est confrontée de manière apparemment certaine à la chute de la consommation d’habillement. Depuis 10 ans le marché français  est victime d’un recul des ventes. Entre 2006 et 2016 il a perdu près de 14 % de sa valeur. Et depuis, malgré une légère reprise en 2017, le marché n’ a pas recouvré la santé. Le chiffre d’affaires de l’entreprise a perdu 2, 4 % en un an (718 M€ à la fin du dernier exercice clos fin mars 2018). Toutefois sa rentabilité s’est légèrement améliorée (son résultat d’exploitation a atteint  85 M€ contre 82 M€ à fin mars 2017).

Le ralentissement d’activité enregistré ces derniers mois a remis une nouvelle fois en cause les prévisions des actionnaires et des créanciers. Un accord était intervenu il y a environ deux années sur un plan de restructuration de la dette. Celle-ci a été ramenée en 2016 de près de 1 milliard à  462M€.

La nouvelle directrice de l’entreprise Elisabeth Cunin a de la peine pour insuffler à la marque un nouveau souffle. Il y a eu des fermetures de magasins à l’étranger, une modernisation des enseignes en France, un développement des ventes en ligne… En septembre dernier, en désaccord avec les actionnaires, elle devait quitter l’entreprise.

Camaïeu a lancé au cours des derniers mois une nouvelle modalité. Elle met à la disposition le réseau de boutiques pour venir échanger des vêtements de seconde main. Les 650 magasins dans toute la France deviennent un lieu d’échanges. L’enseigne a lancé une plateforme digitale de revente de vêtements d’occasions ouverte à toutes les marques de prêt à porter féminin. Le principe est de mettre en contact vendeur et acheteur via un outil de géo-localisation. Le vendeur désigne trois magasins du réseau Camaïeu dans lesquels il est susceptible de déposer son article et l’acheteur sélectionne celui qui lui convient le mieux. Il dispose de 5 jours pour retirer le colis déposé par le vendeur. Il faut observer que Camaïeu a constaté une progression à deux chiffres de ses ventes digitales depuis plus d’un an.

On aura l’occasion de suivre ce dossier en espérant que le personnel et les éléments patrimoniaux puissent être en toute hypothèse sauvés. 

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