L’heure de CARILLON a sonné.

02/02/2018
Chargé d'enseignement à l'Université catholique de Lille, Doctorant.
N. BORTKO
(Chargé d'enseignement à l'Université catholique de Lille, Doctorant.)

Avec un chiffre d’affaire annuel de 5,9 milliards d’euros, l’entreprise compte près de 43.000 salariés dont la moitié au Royaume-Uni, passe 450 contrats avec le gouvernement anglais, sert 32.000 repas scolaires par jour, gère des prisons, assure la maintenance et la propreté dans des hôpitaux, s’occupe de 50.000 logements dans les casernes de l’armée, est le deuxième fournisseur de travaux sur le réseau ferroviaire et fait partie du consortium qui doit construire la deuxième ligne de trains à grande vitesse (High Speed 2) du Royaume-Uni et pourtant, nous français, n’avions jamais réellement entendu parlé de la société CARILLON avant sa mise en liquidation judiciaire ce lundi 15 janvier, après l’échec de négociations sur son renflouement. Alors pourquoi cette liquidation du numéro 2 du BTP outre-Manche faut-elle tant de bruit ?

On l’aura aisément compris CARILLON est l’un des principaux sous-traitants de l’Etat anglais. Certains comme l’éditorialiste du Guardian, Aditya Chakrabortty, la surnomme même « l’entreprise qui gère le Royaume-Uni ». Ceci peut paraitre exagéré et pourtant cela permet de mettre en évidence l’importance et la place qu’à la société dans le paysage britannique. La nationalisation aurait d’ailleurs même été envisagée mais rejetée, refusant tout idée de faire payer aux anglais les erreurs de la direction. Le dossier sera d’ailleurs traité par David LIDINGTON. Ministre d’Etat depuis peu, il est le numéro 2 du gouvernement Theresa MAY.

Au regard des conséquences économiques, financières et sociales, l’Etat n’a d’autre choix que d’injecter des liquidités pour le bon déroulement des services qu’offrent CARILLON tels les repas scolaires, la propreté des hôpitaux, etc. Les salariés seront, du moins temporairement, payés par l’Etat. Mais, ne nous voilons pas la face, cela ne change rien. Les fonds ont la même origine : l’Etat.

Alors comment une entreprise de cette ampleur a pu faire faillite ?

La rémunération de l’ancien directeur général du groupe, Richard Howson, refait surface. Ce dernier aurait touché 1,7 million d’euros en 2016 et perçu en plus près de 790.000 euros pour son départ. Un contrôle des comptes va bien sûr avoir lieu. Le cabinet KPMG qui avait réalisé les comptes 2016 se défend déjà de toute erreur. Mais, le Financial Reporting Council (FRC) souhaite, tout comme le gouvernement, une enquête. Comment une entreprise qui croulait sous une dette de 1,8 milliards d’euros a pu continuer à obtenir des contrats de marché public, notamment le High speed 2 ?

Les reports de chantiers, les difficultés dans l’exécution de contrats et les retards de paiement ne semblent pas être des raisons suffisantes pour justifier une faillite de cette ampleur. Le problème de la délégation de services publics en Angleterre est pointer du doigt et risque fort d’être au cœur de débats politiques qui s’annoncent déjà houleux. Il faut également noter que près de 30.000 sous-traitants de CARILLON devront certainement renoncer à un milliard de livres. Ce qui laisse envisager de nombreuses faillites dans les mois à venir.

Mais un autre problème demeure : le système britannique bancaire. De grandes banques comme

Barclays, Royal Bank of Scotland et Lloyds Banking Group risquent de ne jamais pouvoir récupérer des centaines de millions de livres de prêts accordés à CARILLON. En 2015, 889 millions d’euros ont été accordé en crédit relais à l’entreprise. Ces prêts qui arrivent à maturité en 2020 risquent de ne jamais être réglés. Seule solution possible pour les banques : opter pour la dépréciation.

Les seuls gagnants de cette faillite semblent être ceux qui ont parié sur la baisse du titre. Son cours de Bourse a d’ailleurs été divisé par plus de dix depuis l'été. Il a notamment dévissé de 39 % quand le géant a brutalement annoncé le 10 juillet provisionner pour 952 millions d'euros de contrats ayant mal tourné au Royaume-Uni et des projets avortés dans le golfe Persique et au Canada.

L’affaire CARILLON risque de faire couler encore beaucoup d’encre aussi bien d’un point de vue économique que social et même politique.

Share on FacebookShare on TwitterShare on LinkedIn