Le dépôt de bilan de LOGO : les lunettes made in France sont-elles définitivement brisées ?
10/11/2016S. BAUDENS (Etudiant en Master 2 Droit Comptable et Financier). (Université catholique de Lille).

Administrateur judiciaire :   

Maître Bruno SAPIN et Maître Didier LAPIERRE

174 Rue de Créqui

69003 LYON


Mandataire judiciaire :         

Maître Bruno WALCZAK

 136 Cours Lafayette

69441 LYON CEDEX 03

 

 Le plan de sauvegarde de l’emploi mis en place en 2014 n’aura pas permis à la SAS LOGO, lunetier jurassien créé en 1896, de sortir des difficultés économiques. Le département, et plus particulièrement, la ville de Morez, accuse le coup, voyant un lunetier de plus tomber. En 1980, le secteur employait plus de 4.500 salariés dans cette région, alors qu’ils ne seraient plus que 1.500 aujourd’hui.

Les difficultés de la société ne sont pas récentes. Le chiffre d’affaires aurait baissé d’environ 30% depuis 2011. Le coup de grâce aurait été assené début 2016 lorsque le groupe LVMH a décidé de ne pas renouveler certains contrats que LOGO avait conclus avec FRED en 1995, et TAG HEUER en 1999 (sociétés détenues par le géant du luxe) pour la création, conception, fabrication et commercialisation de lunettes. Les quelques 450.000 paires produites et vendues tous les ans assuraient à la société 97% de son chiffre d’affaires, soit environ 40 millions d’euros.

En mai 2016, Richard VIVES, Président du groupe, a alors décidé de déclarer l’état de cessation des paiements, sollicitant le bénéfice du redressement judiciaire, procédure accordée par le Tribunal de Commerce de Lons-Le-Launier, désignant administrateur AJ Partenaires, représenté par Maître Bruno SAPIN et Maître Didier LAPIERRE. Maître Bruno WALCZAK a quant à lui été désigné mandataire judiciaire.

Une question de fond va peut-être apparaître. En effet, la position a priori dominante des sociétés donneuses d’ordres sur la société débitrice pourra éventuellement être retenue ? En d’autres termes, l’abus de dépendance économique, tel que défini à l’alinéa 2 de l’article L.420-2 du Code de Commerce, pourra-t-il être qualifié ? L’avenir de la procédure nous éclairera sur ce sujet. Le géant du luxe renverrait d’ores et déjà la balle vers la direction de LOGO en expliquant que « TAG Heuer est le dernier client significatif de la société après le départ des autres principales marques en raison de la gestion défaillante de la direction actuelle de la société et de son actionnaire » et en assurant avoir signaler à de multiples reprises à la direction les risques d’une telle position économique.

A l’heure actuelle, selon le dirigeant, l’urgence est de sortir la tête de l’eau en trouvant de nouveaux contrats et un éventuel repreneur. La société CEMO qui avait déposé la seule offre dont les conditions sociales et économiques étaient qualifiées comme peu favorables, a retiré récemment son offre. Marie-Christine DALLOZ, députée LR aurait sollicité l’aide du Premier ministre.

Le mercredi 2 novembre, le Tribunal de Commerce a accordé quelques jours de sursis à la société pour permettre aux éventuels repreneurs de déposer leur offre de reprise. L’avenir des lunettes made in France, semble compromis. Il sera connu dans les jours qui arrivent puisque le Tribunal de céans se prononcera le 15 novembre sur le sort définitif de la société LOGO. La liquidation judiciaire ne semble pas loin…

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