Le luxe en péril.
12/01/2016BORTKO NICOLAS

1945, l’entreprise redémarre avec deux cent cinquante ouvriers. Mais, cinq ans plus tard, l’abandon de la fabrication de services de table et le manque de créativité artistique finissent par lasser. La faïencerie rencontre de grandes difficultés financières jusqu’à être en règlement judiciaire durant presque une année. La liquidation des biens sera prononcée le 13 octobre 1977. Trois mois plus tard, deux industriels parisiens rachètent l’entreprise. Les nouveaux acquéreurs réorganisent la production, tentent de trouver de nouveaux marchés en collaborant davantage avec les municipalités et collectivités régionales. Dans les années 1980 la production va connaître un extraordinaire bouleversement créatif, tout d'abord avec l’arrivée de l’artiste Daniel Curetti qui apporte un souffle novateur au style art déco. Le renouveau se poursuit sous l'impulsion de la famille Kostka, qui reprend la faïencerie en 1991. Ces derniers modernisent la production tout en perpétuant le savoir-faire. Toutefois, la crise des boutiques d’arts de la table en France, le déclin des listes de mariage (le nombre de revendeurs spécialisés aurait été divisé par 5 depuis 2010), la crise économique et la concurrence du commerce en ligne a eu raison de la faïencerie. Seul un exercice a engendré des bénéfices depuis 2008. Le chiffre d’affaires a baissé de plus de 30% en 6 ans. Dans le même temps, les effectifs ont fondu de 60 à 40 salariés. La famille Kostka cherche pendant trois ans le soutien d’investissements publics pour rembourser leur 1 million d’euros de créances bancaires. Mais, le financement trop partiel et trop étiré dans le temps n’a pas permis à la société d’éponger ses dettes. La hausse de 8 % du chiffre d'affaires au premier semestre de l'exercice décalé 2014-2015 de l'entreprise n’a pas empêché la société de déclarer son état de cessation des paiements. Le Tribunal de commerce de Briey prononce donc le jeudi 4 juin le redressement judiciaire des Faïenceries et Emaux de Longwy, Maître Pascal CHANEL est désigné administrateur judiciaire, Maître Patrick MAROCCOU, Mandataire judiciaire, et Madame Françoise GOBERT nommée juge-commissaire. La date de cessation des paiements a été fixée au 26 mai 2015. Au lendemain du dépôt de bilan, 25 des 32 employés du site de fabrication ont cessé le travail pendant environ quatre heures pour demander le paiement de leur salaire du mois de mai et dénoncer les neuf licenciements qui devraient accompagner la procédure. C’est dire comme le climat est difficile. Le premier ministre s’était d’ailleurs rendu à Longwy le 29 juin 2015 pour marquer son soutien à la ville confrontée au chômage depuis de nombreuses années. Manuel Valls considère que « c’est un paradoxe, en Lorraine, il y a aussi bien de l’innovation et de la créativité avec les nouvelles technologies mais aussi des secteurs en difficulté, des entreprises qui ferment. Je ne veux pas créer de faux espoirs. » La survie de l’entreprise était alors en jeu. Finalement, douze repreneurs potentiels se sont manifestés et parmi les quatre repreneurs finalement sélectionnés et auditionnés par la juridiction commerciale, c’est la société EMBLEM qui a été choisi, certainement grâce au soutien de l’union locale CGT, seul syndicat présent au sein de la société. Spécialisé dans la fabrication de meubles haut de gamme, la cession à la société EMBLEM devrait permettre de conserver ce savoir-faire unique, d’augmenter les ventes de faïences à l’étranger grâce au réseau du repreneur, de conserver la totalité des emplois. Mais, il faut noter que les difficultés rencontrées par notre entreprise n’est pas un cas unique. Cette crise du luxe touche également d'autres faïenceries de renom comme Baccarat et Daum, mais fort heureusement, leur notoriété leur permettrait, du moins à ce jour, de survivre. L’avenir de la manufacture Faïenceries et Émaux de Longwy reste donc pour le moins fort incertain. Le repreneur devrait se tourner davantage vers l'export, notamment vers les pays émergents qui ne représentent actuellement que 10 % de la production s’il veut assurer sa pérennité. Affaire à suivre donc !
Share on FacebookShare on TwitterShare on LinkedIn