Les procédures collectives significatives : Les déboires de Cauval Industries.
N. BORTKO

Les juges consulaires lui ont accordé une période d’observation de six mois renouvelable. Pendant cette période, les entreprises du groupe pourront continuer à fonctionner et les salariés continueront à percevoir leurs salaires. En attendant un éventuel repreneur, trois administrateurs judiciaires ont été désignés : Maître Philippe Contant, Maître Benjamin CARDON et Maître Jérôme CABOOTER.

 En revanche, Le Tribunal a en contrepartie prononcé immédiatement la liquidation judiciaire de sa filiale, la Compagnie de Production d'Articles de Literie (Cipal), où 170 personnes sont employées. Elle a trois mois pour trouver un repreneur. L’usine de Sival a dores-et-déjà été liquidée car déjà placée deux fois en redressement par le passé.

 De même, d’autres filiales sont également placées sous la protection du Tribunal, comme le site de Limay, Onival, qui a été placé en redressement et, qui à la grande satisfaction des salariés présents, restera propriétaire de la marque Dunlopillo, que le groupe avait envisagé de vendre séparément.

 Quinze usines sont concernées en France. Le groupe compte aujourd'hui environ 2.800 salariés dont 1.800 en France, et réalise un chiffre d'affaires annuel de 380 millions d'euros.

 Mais avec 55 millions d’euros d’impayés qui lui sont réclamés par les organismes sociaux, le groupe connait de graves difficultés financières. Placé sous sauvegarde entre 2008 et 2010, Cauval connait en 2009, un Plan de sauvegarde de l’emploi qui portait sur 420 postes. Les problèmes de trésorerie, les retards de versement des salaires et les difficultés à payer ses fournisseurs de ces dernières années ont conduits le groupe à réduire ses effectifs de moitié entre 2008 et 2013. Le fabriquant a d’ailleurs évité le dépôt de bilan en mars 2015 grâce à un moratoire accordé par l’administration fiscale.

 Cette situation a contraint les actionnaires d’envisager l’entrée au capital d’un concurrent : Aquinos. Cette société portugaise, fabricant de meubles pour la société Ikea, devait entrer à son capital en apportant 25 millions d’euros. Mais, cette reprise a échoué le 24 février dernier, le repreneur n’ayant pas tenu ses engagements.

 Le fabriquant de literie qui n’arrive plus à payer ses fournisseurs n’arrive plus à s’approvisionner en matières premières. Les usines tournent au ralenti et le litige avec But, qui représente un quart de son activité, l’enlise encore plus dans ses difficultés.

 En effet, depuis plusieurs mois, But ne cesse de baisser ses commandes, le groupe Cauval le soupçonne d’ailleurs de manœuvres destinées à le couler dans le cas d’une éventuelle reprise. Une médiation a eu lieu ce 3 mars dernier sous l’égide du Ministère de l’économie.

 Deux jours plus tard, Cauval assigne But en référé devant le Tribunal de commerce de Meaux.

But se défend en répondant que, les baisses de commandes résultent des retards de livraisons, de la détérioration de ses relations commerciales avec le groupe. But n’aurait d’ailleurs jamais eu l’intention de racheter Cauval.

 Fort heureusement, un accord a été conclu. La reprise des relations commerciales avec But devrait lui permettre de ne pas déposer le bilan, de verser les salaires et de retrouver une « activité normale. » L’accord comporte des engagements en termes de volumes achetés et prévoit également le retrait de l’action en référé intentée par Cauval contre But. Conclu en seulement deux jours et demi, cet accord est un réel succès pour les pouvoirs publics qui se réjouissent que la médiation ait réussi.

 Dans ce climat tendu, Maître Contant désire aller vite pour trouver des repreneurs. Sûr de son savoir-faire et de ses marques, Dunlopillo, Simmons ou encore Treca, il sait qu’un repreneur unique pourrait se manifester pour l’ensemble des produits. De nombreux repreneurs se seraient d’ailleurs déjà manifestés. Reste à savoir si le Tribunal sera confronté à un repreneur unique qui reprendrait la totalité du groupe ou entreprise par entreprise.

 L’administrateur est d’autant plus optimiste que le marché français de la literie est en bonne santé. Les ventes de sommiers et de matelas ont progressé de 4,1 % pour atteindre 1,4 milliard d’euros en 2015. Or, Cauval détient les marques les plus prestigieuses du marché.

 Le redressement judiciaire a certes été évité mais les difficultés financières du groupe demeurent. Seul le litige avec But a été réellement résolu. Bercy reste vigilent et sait que Cauval reste fragile. Affaire à suivre donc…

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