Pixmania ou la fin du e-commerce (Soinnejuris n°64988 et 64989).
29/02/2016N. BORTKO

Cinq plus tard, Pixmania déménage sa centrale logistique près d’Orly afin de pouvoir desservir plus facilement tous les pays européens. Sur l'exercice clos au 31 mars 2005, le chiffre d'affaires atteint 245 millions d'euros (+96%). L’anglais DIXONS rachète 75% du capital pour 266 millions d’euros en 2006. La société est alors évaluée à 345 millions d'euros. Pendant près de onze, Pixmania est présent sur tous les marchés : vente de produits d’occasions, puériculture, gros électroménager, bagagerie, etc. C’est l’âge d’or de Pixmania, petite start-up française au départ, elle devient alors une multinationale qui vend dans 26 pays européens et emploie plus de 1.000 salariés. Sur l'exercice clos au 30 avril 2010, la société réalise un chiffre d'affaires de 897 millions d'euros (+15%) et un bénéfice de 10 millions d'euros (+43%). L’entreprise se met comme objectif le milliard d'euros de chiffre d’affaires à horizon 2014. Mais, en 2012, les ventes diminuent et le groupe connait ses premières difficultés avec l’apparition d’une concurrence qui s’intensifie : Amazon, Cdiscount, etc. Le chiffre d'affaires baisse de 10% (843 millions d'euros en 2012) et une perte annuelle de 25 millions est alors enregistrée. Les frères fondateurs quittent définitivement le navire. Afin de recentrer leurs activités, DIXONS ferme toutes les boutiques de l’hexagone, se retire de 12 pays européens et licencie 150 personnes. Un an plus tard, désireux d’arrêter les frais, DIXONS revend Pixmania à un fonds de retournement allemand, MUTARES, spécialiste du redressement d'entreprises. L’année 2014 fut catastrophique, les ventes chutent, le chiffres d’affaires est divisé par 4 et s’élève désormais à 200 millions d’euros. Pixmania est alors loin de ses concurrents, à l’image d’Amazon qui enregistre un chiffre d’affaires de 89 milliards de dollars pour l’année 2015. En juin 2015, Mutares reprend un autre site de commerce en ligne de produits high-tech, Grosbill, filiale d'Auchan, afin de consolider les deux sites. Cela sera insuffisant. En octobre, suite à un troisième plan social, le nombre de salariés passe de 1.000 à 430 en trois ans, dont 320 en France. Alors que les ventes sur Internet ont progressé de 11 % dans l’Hexagone en 2014, pour atteindre 57 milliards d’euros, selon le bilan annuel de la Fédération de l’e-commerce et de la vente à distance (Fevad), l’ex-leader du e-commerce électronique, Pixamania, est placée en procédure de sauvegarde le 27 octobre 2015 pour une période de six mois, dans le but de se réorganiser ou de trouver d’éventuels repreneurs. Maître Charles-Henri CARBONI, nommé administrateur judiciaire, va devoir « assister la direction dans la mise en place d’un nouveau modèle d’exploitation destiné à rendre l’entreprise durablement rentable », selon une source proche du dossier. Le projet est d’abandonner son activité d’e-commerçant traditionnel pour se concentrer sur un rôle de « place de marché » (marketplace), consistant à offrir une plate-forme technique permettant de mettre en relation des vendeurs tiers avec les consommateurs. L’objectif est de réduire les frais de structure, notamment en termes de stockage et de livraison, deux services que Pixmania n'assurera plus. L’effectif de l’entreprise va donc une nouvelle fois baisser sensiblement. Il semblerait que le site "vente-du-diable" se propose de reprendre une partie des activités. Parallèlement, l’administrateur est chargé d’un autre dossier, celui de la filiale de Pixmania, e-Marchant qui compte tout de même 80 salariés. Le site a été placé en redressement judiciaire une semaine plus tôt. Mais, suite à l’échec du plan de sauvegarde, le Tribunal de commerce de NANTERRE ouvre une procédure de redressement judiciaire le 14 janvier dernier. Le site n’arriverait plus à payer ses salariés. Seulement, les témoignages de clients mécontents et un marché arrivé à maturité assombrissent l’avenir de Pixmania qui semble de plus en plus compromis. Le e-commerce s’affine, le e-commerce se mondialise et seul les plus gros survivront à cette concurrence féroce. Mais dans un monde où les marges sont extrêmement faible, où la manière d’acheter ne cesse de permuter et où les leaders comme Pixmania deviennent des parias, qui pourrait parier sur l’avenir d’Amazon et ses 230.000 salariés ?
Share on FacebookShare on TwitterShare on LinkedIn